dimanche 3 janvier 2010
mardi 22 décembre 2009
"Nos coeurs s'étaient filé rancard" : ma fierté littéraire
On dit qu'écrire un roman relève de la performance sportive. C'est un peu vrai ! En plus reposant, physiquement ! J'avais ce roman en tête depuis plusieurs années, et à vingts ans, je me suis lancée. Cinq ans plus tard, je cherchais un atelier d'écriture pour tenter de voir si mon écriture "était dans le coup", valait quelque chose. Et je m'aperçus que, comme toutes les écritures, elle valait effectivement quelque chose... Joëlle m'a permis de progresser dans ma façon d'écrire, car attention, à l'inverse de ce que l'on peut croire, l'écriture renferme toute une dimension technique! Certes, l'histoire que l'on a en soi, les choses viscérales qui nous poussent à prendre la plume jouent énormément dans cet élan sublimatoire, mais à y regarder de plus près, en peaufinant un texte, un roman, ou même quelques lignes; nous pouvons déceler des choses non maîtrisées, sur la forme : des répétitions, des phrases mal tournées, mal agencées, des scories (des petits mots souvent que l'on place dans nos phrases et qui sont inutiles, mais que l'on ne voit pas, comme un "tic" graphique...). Et puis donc, à force de travail et surtout de volonté, je suis parvenue à mettre un point final au roman "Nos coeurs s'étaient filé rancard". Edité aux éditions du Cygne, une petite maison d'édition versée dans l'interculturalité comme unique politique éditoriale (et quel noble thème!); le "fond" de mon écriture s'avéra correspondre à ce que Patrice Kanoszaï, directeur et fondateur des éditions du Cygne, recherchait. Par chance, et par sueur, pour moi !
Je ne peux m'empêcher une nouvelle fois de rendre hommage à Joëlle Guillais, sans qui très certainement, mon manuscrit ne serait jamais devenu un livre.
L'ARGUMENTAIRE :
Au sein d’une banlieue parisienne, Angèle, d’origine juive polonaise, s’éprend de Mehdi, musulman. Tous les deux vivront une passion adolescente en se filant rancard à l’angle d’un destin tourmenté par les fantômes de la Shoah et de la guerre en Algérie. Leur amour survivra-t-il aux amalgames faits en France des échos du conflit israélo-palestinien, aux idéaux des familles ?
C’est un hymne à la tolérance, une incitation à la rencontre de l’autre, au-delà des souvenirs des guerres consumant encore les mémoires familiales et faisant bien souvent le nid d’une identité explosive, dangereusement compromettante pour l’individu qui désormais ne peut plus se définir autrement que par le traumatisme de ses aînés.
Angèle, Mehdi et les autres parviendront-ils à prendre leur envol lorsqu’aux chevilles le passé des prédécesseurs s’agrippe, retient au sol, et mandate jusque dans la chair, l’interdiction d’oublier ?
Disponible sur la fnac.com
"Journée de la femme (M. Duras)" de Mireille
Mireille vient à l'atelier depuis plus d'un an maintenant. Mireille est psychologue, et dans ses textes, elle tente d'insérer une certaine subtilité, celle que sa profession l'oblige à pratiquer. Mais par l'écriture de Mireille, nous restons dans la dimension littéraire, nous ne basculons pas dans l'essai psychanalytique qui serait ici une autre écriture, pas tout à fait appropriée! Je vous laisse découvrir Mireille...
Nous étions fin septembre début octobre, Marie reçoit une lettre de Violaine une de ses patientes :
Chère Madame,
Je n’ai pas repris RV comme convenu car je vais essayer de me passer de vous, je pense aller un peu mieux même si tout n’est pas réglé mais je peux m’investir dans des activités qui me plaisent et m’intéresse (la scpulture dont je vous avais parlé et le taï chi).
Je voulais vous remercier de votre soutien indéfectible, sans vous je ne sais ce que je serai devenue, clairement je ne serai plus là !
Votre écoute et votre patience m’ont accompagnée pendant toutes ces années et m’ont donnée de la force, je tiens à vous dire toute ma gratitude.
J’espère que vous pourrez me recevoir occasionnellement si j’en éprouve le besoin.
Avec mon affectueux souvenir.
Violaine
Marie relit la lettre, émue, c’est une belle fin de thérapie, mais est-ce fini un jour ? Avancer dans la vie c’est une thérapie. Elle pense c’est bien que Violaine fasse des choses pour elle, plutôt bon signe et puis la sculpture en effet avait fait l’objet de beaucoup d’échanges en séance.
Elle relit à nouveau la fin, l’association rare des mots respect et affection l’étonne mais c’est juste et bien ce qui a caractérisé la relation transférentielle avec Violaine.
Marie éprouve le désir d’écrire et de témoigner sur le travail fait avec cette patiente et quel chemin elle a parcouru avec courage et ténacité.
Marie connaît tout de sa vie, ce qu’elle a enduré enfant, ce qu’elle a pu reconstruire de son histoire en déplaçant la focale victimaire, les épreuves qu’elle a traversées et puis il y a quelques années ce qu’elle a vécu comme un drame : la révélation de l’homosexualité de son fils.
Cela a été comme une lame de fond venant dévaster les constructions familiales personnelles, bousculant les pensées, la morale de Violaine.
Marie a été comme une digue, un barrage contre cet océan dévastateur dans la vie de Violaine.
Alors témoigner, mais de quoi ?
Du cheminement intérieur de Violaine étayée par Marie, oui c’est ça, ainsi que de sa révolte de son incompréhension et de son agacement envers le discours ambiant, moderne, politiquement correct de la banalisation de l’homosexualité.
Mireille mars 2009
Nous étions fin septembre début octobre, Marie reçoit une lettre de Violaine une de ses patientes :
Chère Madame,
Je n’ai pas repris RV comme convenu car je vais essayer de me passer de vous, je pense aller un peu mieux même si tout n’est pas réglé mais je peux m’investir dans des activités qui me plaisent et m’intéresse (la scpulture dont je vous avais parlé et le taï chi).
Je voulais vous remercier de votre soutien indéfectible, sans vous je ne sais ce que je serai devenue, clairement je ne serai plus là !
Votre écoute et votre patience m’ont accompagnée pendant toutes ces années et m’ont donnée de la force, je tiens à vous dire toute ma gratitude.
J’espère que vous pourrez me recevoir occasionnellement si j’en éprouve le besoin.
Avec mon affectueux souvenir.
Violaine
Marie relit la lettre, émue, c’est une belle fin de thérapie, mais est-ce fini un jour ? Avancer dans la vie c’est une thérapie. Elle pense c’est bien que Violaine fasse des choses pour elle, plutôt bon signe et puis la sculpture en effet avait fait l’objet de beaucoup d’échanges en séance.
Elle relit à nouveau la fin, l’association rare des mots respect et affection l’étonne mais c’est juste et bien ce qui a caractérisé la relation transférentielle avec Violaine.
Marie éprouve le désir d’écrire et de témoigner sur le travail fait avec cette patiente et quel chemin elle a parcouru avec courage et ténacité.
Marie connaît tout de sa vie, ce qu’elle a enduré enfant, ce qu’elle a pu reconstruire de son histoire en déplaçant la focale victimaire, les épreuves qu’elle a traversées et puis il y a quelques années ce qu’elle a vécu comme un drame : la révélation de l’homosexualité de son fils.
Cela a été comme une lame de fond venant dévaster les constructions familiales personnelles, bousculant les pensées, la morale de Violaine.
Marie a été comme une digue, un barrage contre cet océan dévastateur dans la vie de Violaine.
Alors témoigner, mais de quoi ?
Du cheminement intérieur de Violaine étayée par Marie, oui c’est ça, ainsi que de sa révolte de son incompréhension et de son agacement envers le discours ambiant, moderne, politiquement correct de la banalisation de l’homosexualité.
Mireille mars 2009
mardi 15 décembre 2009
Reportage sur une auteure de l'atelier : ... moi !
Et à propos de l'atelier : lorsque l'écriture devient une nécessité et une envie très forte de publication...
Il faut exploiter tous les talents des auteurs de l'atelier. Anne venait de terminer ses études dans le journalisme quand elle a composé ce reportage ! Merci Anne !
Il faut exploiter tous les talents des auteurs de l'atelier. Anne venait de terminer ses études dans le journalisme quand elle a composé ce reportage ! Merci Anne !
dimanche 13 décembre 2009
"L'escalier", de Fadhila
Fadhila est à l'atelier depuis bientôt 2 ans. Avec une écriture très fine, poétique, Fadhila dépeint des ambiances, des tableaux aux multiples évocations.
En haut de l'escalier, Elisa attend. Tellement poudrée qu'elle a l'air d'un fantôme fragile aux grands yeux noirs. Derrière elle, la porte de sa chambre, ouverte, laisse entrevoir un lit défait aux draps emmêlés et, dans un coin, un lavabo blanc.
Elisa attend. Du salon, au rez-de-chaussée, de la musique, des conversations bruyantes, des rires aigüs montent jusqu'à elle. Elle ne les entend pas.
Son corps maigre drapé dans un peignoir baillant sur sa poitrine, Elisa attend, morne et passive, un de ces hommes sans visage. Surtout ne pas penser à l'étreinte brutale et dénuée d'âme pendant laquelle elle détournera le regard vers la fenêtre pour accrocher un morceau de ciel bleu. Et attendre ce moment où elle pourra enfin se nettoyer, se purifier, longuement, intensément, sous le jet brûlant de l'eau.
Fadhila, avril 2009
En haut de l'escalier, Elisa attend. Tellement poudrée qu'elle a l'air d'un fantôme fragile aux grands yeux noirs. Derrière elle, la porte de sa chambre, ouverte, laisse entrevoir un lit défait aux draps emmêlés et, dans un coin, un lavabo blanc.
Elisa attend. Du salon, au rez-de-chaussée, de la musique, des conversations bruyantes, des rires aigüs montent jusqu'à elle. Elle ne les entend pas.
Son corps maigre drapé dans un peignoir baillant sur sa poitrine, Elisa attend, morne et passive, un de ces hommes sans visage. Surtout ne pas penser à l'étreinte brutale et dénuée d'âme pendant laquelle elle détournera le regard vers la fenêtre pour accrocher un morceau de ciel bleu. Et attendre ce moment où elle pourra enfin se nettoyer, se purifier, longuement, intensément, sous le jet brûlant de l'eau.
Fadhila, avril 2009
"Une vie en condiments", de Mélanie
Mélanie est une de mes acolytes. Elle est arrivée quasiment en même temps que moi, il y a 3 ans, environ. Mélanie, la reine des descriptions, la reine d'un humour toujours surprenant : ici, le mari de la narratrice va être comparé à un ... cornichon ! Mélanie suit toujours un cheminement créatif improbable ! Elle est une des auteurs qui nous fait le plus voyager. Je vous laisse la découvrir.
Quand je l’ai rencontré, il était encore vert, dans la fleur de ses vingt ans. Un corps sain pour un esprit droit, un idéal de vie qui ne fluctuerait d’un iota. Puis, une fois ses études finies, son diplôme obtenu, il a cherché un travail. Il en a trouvé un qui lui plaisait beaucoup, flattait son esprit d’équipe, et, m’a-t-il dit, lui forgerait le caractère. Il m’en parlait beaucoup le soir, beaucoup trop à mon goût.
Pendant qu’il me racontait. J'imaginais l'open space en forme de bocal, les échanges verbaux passés au blanc aigre des rivalités, le plafond de verre insurmontable dont ne sortiraient que les meilleurs.
J’ai mis longtemps à comprendre ce qui se passait. Mais, à ses quarante ans, en ouvrant une boîte de condiments pour son anniversaire, j’ai réalisé que mon mari était devenu un cornichon. Un cornichon de la pire espèce. Non pas ceux qui prospèrent à l’air libre dans les jardins. Je pensais plutôt à un cornichon domestiqué par une vie passée dans un lieu confiné, un cornichon de bocal courbé à force d’avoir respiré le vin acidulé des remarques entre collègues.
J’ai pensé le quitter, mais une idée m’est venue. On ne laisse pas les cornichons dans leur boîte, on les croque. Si je ne mangeais pas mon mari, une autre le ferait. Alors j’ai entrepris de le dévorer. Une bouchée pour le chalet en Suisse. Une autre partie dans une belle voiture. Une grosse part engloutie dans les bijouteries de la place Vendôme.
Peu à peu, mon mari vidé de sa substance sombra dans le vinaigre blanc.
Pour faire définitivement le vide autour de lui, j’ai engagé une fille au pair. Blonde, grande, yeux bleus et pas farouche. De quoi tenter les cornichons les plus rabougris.
Quand le divorce eut lieu sur motif d’adultère, j’ai avalé l’argent de mon mari tout entier. Il ne restait autour de lui que cet environnement âpre.
Seulement, j’étais encore plus aigrie que lui. Trop acide pour qu’on me croque. Besoin de retrouver un Ph moral plus neutre. Alors, depuis, je ne déguste que des jeunes cornichons de plein air.
Mélanie, avril 2009
Quand je l’ai rencontré, il était encore vert, dans la fleur de ses vingt ans. Un corps sain pour un esprit droit, un idéal de vie qui ne fluctuerait d’un iota. Puis, une fois ses études finies, son diplôme obtenu, il a cherché un travail. Il en a trouvé un qui lui plaisait beaucoup, flattait son esprit d’équipe, et, m’a-t-il dit, lui forgerait le caractère. Il m’en parlait beaucoup le soir, beaucoup trop à mon goût.
Pendant qu’il me racontait. J'imaginais l'open space en forme de bocal, les échanges verbaux passés au blanc aigre des rivalités, le plafond de verre insurmontable dont ne sortiraient que les meilleurs.
J’ai mis longtemps à comprendre ce qui se passait. Mais, à ses quarante ans, en ouvrant une boîte de condiments pour son anniversaire, j’ai réalisé que mon mari était devenu un cornichon. Un cornichon de la pire espèce. Non pas ceux qui prospèrent à l’air libre dans les jardins. Je pensais plutôt à un cornichon domestiqué par une vie passée dans un lieu confiné, un cornichon de bocal courbé à force d’avoir respiré le vin acidulé des remarques entre collègues.
J’ai pensé le quitter, mais une idée m’est venue. On ne laisse pas les cornichons dans leur boîte, on les croque. Si je ne mangeais pas mon mari, une autre le ferait. Alors j’ai entrepris de le dévorer. Une bouchée pour le chalet en Suisse. Une autre partie dans une belle voiture. Une grosse part engloutie dans les bijouteries de la place Vendôme.
Peu à peu, mon mari vidé de sa substance sombra dans le vinaigre blanc.
Pour faire définitivement le vide autour de lui, j’ai engagé une fille au pair. Blonde, grande, yeux bleus et pas farouche. De quoi tenter les cornichons les plus rabougris.
Quand le divorce eut lieu sur motif d’adultère, j’ai avalé l’argent de mon mari tout entier. Il ne restait autour de lui que cet environnement âpre.
Seulement, j’étais encore plus aigrie que lui. Trop acide pour qu’on me croque. Besoin de retrouver un Ph moral plus neutre. Alors, depuis, je ne déguste que des jeunes cornichons de plein air.
Mélanie, avril 2009
"Fenêtre d'en face", de Blandine
Blandine est une adepte de l'atelier. Cela fait plus de 2 ans qu'elle y participe. Ecriture fine, avec le souci du détail, Blandine s'attache à écrire des faits et gestes au plus près de la réalité quotidienne. Ce jour-là, le thème de Joëlle Guillais traitait de "la personne habitant l'immeuble d'en face"...
Ça y est. Ils sont partis. Ils sont vraiment sympas, Martine et Jean, d'être venus m'aider. Sans eux, je n'y serai jamais arrivée. Ouh la la, ces cartons partout ! Je rangerai demain, plus tard, j'ai toute la vie. Ce soir, je suis naze, tout ce que je veux, c'est me poser. Une petite bière et rêver. Me voici chez moi ! Il est super, ce fauteuil, j'ai eu de la chance de pouvoir le récupérer. Il faudra que je trouve une jolie lampe à mettre à côté. Pour l'instant, il fait encore jour ; vive le mois de mai, les jours rallongent, je peux laisser la fenêtre ouverte, il fait doux. C'est drôle, ces bruits de repas, de vaisselle, ces cris dans la cour ; ça change de la montagne, tout ce boucan. Tiens, il y a un type, en face, à sa fenêtre. On dirait qu'il regarde par ici. Bon, je m'en fous. Allez, ce serait bien que je range un peu, pour pouvoir me coucher. Le matelas est inaccessible, il faut au moins que je fasse mon lit. Dans quel carton sont les draps ? Merde, je ne vais jamais les trouver. Pfiou, j'ai chaud ! Tiens, mes affaires de toilette, ça, je sais où les ranger. Vivement la douche ! Allez, je dégage le lit, j'empile tout ça, je prends un yaourt et je me couche. Mais il est encore là, lui ? Il n'est pas trop occupé, au moins. C'est vrai qu'on est dimanche soir. C'est pas l'heure du film ? Il n'a peut-être pas la télé. Il préfère mater à la fenêtre. Ah, mais les voilà, mes draps ! je ne me souvenais pas de les avoir mis là. Hmmm, même roulés en boule, ils sentent bon la lessive. Voilà, mon duvet par dessus et hop, c'est prêt. Une serviette, un T-shirt, je file me doucher. Il a intérêt à disparaître pendant ce temps-là, le gars d'en face.
Jean-Paul n'a pas bougé. Il est accoudé à sa fenêtre, le nez posé sur ses trois géraniums qu'il entretient avec soin depuis des années. Hypnotisé par la fenêtre d'en face. Il en oublie les autres étages, qu'il surveille, d'habitude. La revoilà. A peine vêtue, juste un T-shirt au ras des fesses. Dommage qu'il commence à faire un peu sombre. Pendant qu'elle était sous la douche, il a défroissé le drap du dessus, tapoté l'oreiller pour qu'il soit bien moelleux, allumé la lampe de chevet. Il a trouvé le réveil, qu'il a posé à côté en mettant la sonnerie à 7 heures. C'est son heure. Quand elle sera sur le point de s'endormir, il se glissera discrètement entre ses draps.
Blandine, mai 2009
Ça y est. Ils sont partis. Ils sont vraiment sympas, Martine et Jean, d'être venus m'aider. Sans eux, je n'y serai jamais arrivée. Ouh la la, ces cartons partout ! Je rangerai demain, plus tard, j'ai toute la vie. Ce soir, je suis naze, tout ce que je veux, c'est me poser. Une petite bière et rêver. Me voici chez moi ! Il est super, ce fauteuil, j'ai eu de la chance de pouvoir le récupérer. Il faudra que je trouve une jolie lampe à mettre à côté. Pour l'instant, il fait encore jour ; vive le mois de mai, les jours rallongent, je peux laisser la fenêtre ouverte, il fait doux. C'est drôle, ces bruits de repas, de vaisselle, ces cris dans la cour ; ça change de la montagne, tout ce boucan. Tiens, il y a un type, en face, à sa fenêtre. On dirait qu'il regarde par ici. Bon, je m'en fous. Allez, ce serait bien que je range un peu, pour pouvoir me coucher. Le matelas est inaccessible, il faut au moins que je fasse mon lit. Dans quel carton sont les draps ? Merde, je ne vais jamais les trouver. Pfiou, j'ai chaud ! Tiens, mes affaires de toilette, ça, je sais où les ranger. Vivement la douche ! Allez, je dégage le lit, j'empile tout ça, je prends un yaourt et je me couche. Mais il est encore là, lui ? Il n'est pas trop occupé, au moins. C'est vrai qu'on est dimanche soir. C'est pas l'heure du film ? Il n'a peut-être pas la télé. Il préfère mater à la fenêtre. Ah, mais les voilà, mes draps ! je ne me souvenais pas de les avoir mis là. Hmmm, même roulés en boule, ils sentent bon la lessive. Voilà, mon duvet par dessus et hop, c'est prêt. Une serviette, un T-shirt, je file me doucher. Il a intérêt à disparaître pendant ce temps-là, le gars d'en face.
Jean-Paul n'a pas bougé. Il est accoudé à sa fenêtre, le nez posé sur ses trois géraniums qu'il entretient avec soin depuis des années. Hypnotisé par la fenêtre d'en face. Il en oublie les autres étages, qu'il surveille, d'habitude. La revoilà. A peine vêtue, juste un T-shirt au ras des fesses. Dommage qu'il commence à faire un peu sombre. Pendant qu'elle était sous la douche, il a défroissé le drap du dessus, tapoté l'oreiller pour qu'il soit bien moelleux, allumé la lampe de chevet. Il a trouvé le réveil, qu'il a posé à côté en mettant la sonnerie à 7 heures. C'est son heure. Quand elle sera sur le point de s'endormir, il se glissera discrètement entre ses draps.
Blandine, mai 2009
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